Qui a peur de réussir le concours?

Lorsqu’on est maitre auxiliaire, bien sur qu’on rêve du statut donc de la paye, de la place respectée par ses paires (donc de ne pas être l’imposteur, variante : le sous-prof, l’étudiant, le candidat au capes, l’ambigu, le paresseux, le prof de seconde zone, le mendiant,…), mais aussi du poste, de la reconnaissance personnelle – de sa famille, de son administration, de ses anciens collègues… Bref, on râle fort (mais entre « nous » !) sur cette condition précaire et odieuse : « comment ça payé le smic, soit environ 2 fois moins que les profs du même âge alors que j’ai les diplômes et des expériences « ex-vitro » autres que celle de la vie d’un établissement scolaire depuis ma sortie honorée du bac ? », ou encore « mais on fait le même boulot », et d’ailleurs voire plus encore car on a la peur aux trousses de ne pas se voir renouvelé aux prochaines vacances ou d’avoir une mauvaise image/publicité auprès de futurs établissements recruteurs ? »…

Car quand on est maitre aux, ou maitre délégué, ou remplaçant longue durée, ou ce que vous voulez comme statut mais prof en charge de classes sur un temps complet mais sans CDI donc, et bien, on a peur. Soit, on fait un maximum d’heures, on remplace, on est solidaire de ceux qui sont en congé maladie (justifié, et de plein droit, pas d’ironie ici) , et nous justement on ose à peine faire sauter une heure de cours alors qu’on a passé une nuit malade entre gastro et réveils d’enfants….

Oui, la peur.

La peur de ne pas être à la hauteur.

  • A la hauteur des attentes des élèves (car n’oublions pas, nous n’avons pas le concours donc nous ne sommes pas vraiment de vrais profs), le doute est profondément ancré que ces mêmes élèves lisent cette grande affaire sur notre tête et vont nous le faire payer à un moment… ,
  • à la hauteur du niveau des collègues (mais putain de bon sang, ce boulot est tellement difficile que le concours de prof doit être tel que celui de l’ENA pour justifier de compétences réelles à enseigner et cela dans l’observation parfaite du dogme réglementaire du B.O),
  • l’appréhension du regard de l’administration qui elle le sait, qu’on est pas certifié. Et donc on se défend d’excuses et de propositions à tout faire pour remédier à ce défaut originel qui peut nous faire sauter à tout instant de manière finalement indirecte.

On a peur aussi, de passer le concours pour une toute autre chose, mais qui fournit la plus belle, égocentrique et justifiée des raisons : la peur de perdre sa liberté.

Cette liberté est rêvée, idéalisée, mais vécue puisqu’on est seul maitre à bord : si tu es bon – tu restes, si tu te plantes – tu changes de job ou encore : « je vais un peu là et après je pense dire oui à tel bahut qui m’a contactée ! ». Cette liberté, avec le concours on a bien le sentiment qu’elle s’envole.

Ensuite on sent qu’on est coincé pour toujours (agent de l’ETAT quoi !, mais libre en pratique (patron dans ma classe ?) ! Perdre sa liberté se fait d’abord intensément sur un temps court : passer le concours c’est jongler entre ces classes et les livres et définitions à s’envoyer par cœur, une année terrible, voire plusieurs pour les plus malheureux qui restent bloqués à l’une ou l’autre des étapes débiles de formatage de pensée pour l’écrit ou de justification de connaissances à un jury pour l’oral,

Lorsque le sésame est arraché alors s’avance la plus périlleuse des situations : se trouver avec une foule de personnes à nos trousses pour nous distiller conseils et critiques pour nous faire progresser dans « notre pratique » ….et là…. tu le sais que tu avais raison. Tu n’es plus libre justement dans cette pratique. Enfin, si tout va bien pour une année scolaire encore… après, tu seras validé (ou pas si l’inspecteur a le bon sens de te licencier direct pour non conformité de profil psy avec l’emploi (et pas le boulot de terrain, hein ?).

Puis c’est le temps long qui s’avance : les inspections, la carrière, l’avis de tes élèves, leurs parents, les collègues, souvent un peu emprunt d’une goutte de manichéisme : « c’est un bon prof/ c’est un prof à chier ».

De maitre déléguée enthousiaste, j’ai l’impression d’être désormais une prof certifiée stagiaire aigrie, et paranoïaque de surcroit. C’est pas facile d’avoir des visites de tuteurs (terrain, isfec ou espe), inspection à venir…on nous parle de « conseils » je prends, je déconstruis, j’interroge et je reconstruis, mais j’entends aussi formatage et délestage de ce qui faisait de nous les jeunes profs enjoués et spontanés et permettait d’établir une relation de confiance avec les élèves et d’en capter un maximum dans un objectif de progression.

Il y a un réel décalage entre la formation des professeurs stagiaires et la réalité du terrain. Certains formateurs, profs avertis, le savent et sont les meilleures perches à saisir, mais la majorité ne semblent pas avoir interrogés justement l’objectif de leurs enseignements à la lumière de leur pratique réelle et vendent des mots et surtout pas du rêve. « Les profs râlent tous le temps ». Tu « m’estonnes » ! Je ne parle pas de réenchanter la société pédagogique éducative mais si au moins on pouvait accorder un peu de confiance, d’autonomie et de dynamisme dès le départ aux stagiaires et bien déjà on aurait gagné quelques effets positifs marquants en début de leur carrière et des points vitaux sur lesquels il sera dès lors possible de revenir lorsque les doutes se pointeront, car il y en aura.

Le besoin égoïste que j’ai ce soir de faire part de ma déception (pour ce qui est de la formation, et non pas de mon boulot de prof quand je ne suis pas « visitée ») est finalement nécessaire à cette « déconstruction » qui est utile pour mieux me saisir des outils du « bon prof ». Et ce pendant les vacances scolaires, afin de revenir fraiche et pimpante ce lundi , en démontrant des qualités d’ouverture, de disponibilité et de flexibilité sans faille pour accueillir mes élèves comme les critiques de mes « maîtres à enseigner ». !!!!

A méditer. Encore.

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